John Henry Walker et la représentation du Montréal victorien

22 février 2019 de 16h00 à 18h00

Conférence de Joanne Burgess (Professeure au département d’histoire de l’UQAM )

UQAM, 315 rue St Catherine est, Salle R-4240, 4e étage du pavillon R



Compte-rendu de la conférence
Par Camille Gouin (étudiante en histoire de l’art UQAM)

Le 22 février 2019, Joanne Burgess, professeure au département d’histoire à l’Université du Québec à Montréal, a fait faire un bon dans le temps à son auditoire lors de la conférence John Henry Walker et la représentation du Montréal victorien. L’historienne y a présenté une recherche qu’elle effectue actuellement afin de mieux documenter l’œuvre du graveur et illustrateur canadien John Henry Walker (1831-1899). Précisons que la communication mettait principalement de l’avant ses représentations de la métropole montréalaise des années 1850-1880. La conférence était divisée en quatre temps : le premier portait sur les origines du projet de recherche; le deuxième était dédié à la méthodologie utilisée pour dater les œuvres de Walker; le troisième portait sur la représentation de la ville dans l’œuvre de l’artiste; enfin le quatrième était consacré à la genèse et la diffusion des œuvres du graveur. Notons qu’il aurait été souhaitable que Burgess présente Walker et le style victorien.

L’historienne a ouvert sa communication par la présentation de son projet de recherche. Elle en a fait remonter les racines aux années 2000 alors qu’elle travaillait sur l’ouvrage L’Histoire du Vieux-Montréal à travers son patrimoine (2004). À l’époque, afin de mieux documenter les bâtiments du Vieux-Montréal (date de construction, usage premier, etc.), elle avait consulté les archives du Musée McCord dans lesquelles elle était tombée sur les œuvres (numérisées) de Walker. Cette institution muséale possède en fait près de 6000 objets associés à l’œuvre de Walker, dont des dessins, des estampes et des plaques d’impression. Au moment de cette découverte, Burgess a compris que certaines œuvres lui seraient utiles. Or, c’est à présent l’œuvre de Walker que l’historienne documente afin d’étoffer les archives du Musée McCord. À ce jour, son équipe est parvenue à dater plus de 400 des paysages montréalais de l’artiste canadien.

Comment dater les œuvres de Walker? C’est avec la réponse à cette question de méthode que Burgess a poursuivi sa communication. Son équipe se pose systématiquement trois questions principales lorsqu’elle tente de dater une œuvre à partir d’une analyse initiale de l’image. La première est : « À quel moment ce bâtiment (ou ces bâtiments) avait-il l’apparence qu’il a dans la gravure? » S’ensuivent d’autres questionnements secondaires concernant, par exemple, l’identification de possibles modifications qu’aurait pu subir le bâtiment au fil du temps. La seconde question principale sur laquelle l’équipe s’interroge pour dater une œuvre est : « Qui était l’occupant du bâtiment (ou des bâtiments) dans la gravure? » Ce qui mène également à la volonté d’identifier la période au cours de laquelle l’occupant en question a occupé les lieux. La troisième et dernière question principale que son équipe se pose systématiquement est : « Comment Walker a-t-il signé son œuvre? » Selon Burgess, il y a une logique dans l’évolution de la signature de Walker puisqu’elle change durant certaines périodes de sa carrière. Soulignons, comme l’a fait une personne de l’auditoire, qu’il aurait été judicieux que l’équipe s’intéresse aussi au mobilier urbain. Bien que nous comprenions que Burgess soit historienne et non historienne de l’art, nous sommes également d’avis que des connaissances architecturales (techniques, stylistiques, etc.) plus poussées l’aideraient à dater plus efficacement les œuvres de Walker (puisqu’elle les étudie en fonction des bâtiments représentés). Notons qu’en dehors de l’analyse de l’image, l’équipe de Burgess tente aussi de trouver qui était le commanditaire de chaque œuvre et quel en était le lieu initial de publication, et ce, toujours afin d’en identifier la date de réalisation. 

L’historienne s’est ensuite intéressée au thème de la ville représentée dans l’œuvre de Walker. Ainsi, elle a abordé la question de l’identification des territoires représentés en précisant que, bien que son équipe se soit pour le moment principalement intéressée aux représentations du Vieux-Montréal, l’œuvre de Walker met également en scène divers secteurs de la métropole montréalaise. La conférencière a mis l’accent sur le fait que le graveur représente rarement des vues d’ensemble de la ville puisqu’il met plutôt l’accent sur des lieux de cultes, des couvents, des bars, des épiceries et des manufactures, et ce, en ayant tendance à les montrer isolément des autres bâtiments environnants ou à n’en montrer qu’un fragment. La conférencière s’est ensuite intéressée aux personnages, constamment représentés au cœur de la ville. Elle affirme qu’ils sont présents afin de renseigner le spectateur sur la fonction des lieux représentés ainsi que pour les mettre en valeur. L’historienne a par la suite traité du rapport au temps dans les représentations de la ville de Walker. Les scènes journalières ensoleillées, généralement estivales ou printanières, sont de loin les plus fréquentes, selon Burgess, puisqu’elles permettent une bonne visibilité des bâtiments, de leur vitrine et de leur enseigne.

Burgess a ensuite entamé la partie de sa présentation portant sur la genèse et la diffusion des représentations. Elle a alors présenté rapidement quelques commanditaires ayant passé diverses commandes à Walker. À la suite de quoi, elle s’est intéressée aux divers lieux de diffusions (journaux à grand tirage, périodiques spécialisés, annuaires, guides touristiques, bottins d’affaires, cartes professionnelles d’entreprise, etc.) des gravures de Walker à l’époque de leur production. Puis, Burgess a finalement clos sa présentation en parlant du rôle de la publicité dans l’œuvre de Walker. Selon elle, l’artiste met en valeur certains bâtiments, comme nous l’avons mentionné, à des fins publicitaires en fonction des besoins de ses commanditaires, en s’assurant, par exemple, que le client potentiel voie bien les produits à vendre dans la vitrine des magasins et que les personnages témoignent de la valeur du lieu qu’ils occupent. 

La conférence s’est terminée avec quelques questions et commentaires de l’auditoire. Pour donner suite aux propos d’un auditeur mettant de l’avant la pertinence de se renseigner davantage sur les techniques architecturales montréalaises du XIXe siècle dans le type de projet que mène Burgess, nous croyons que l’équipe de recherche gagnerait à inviter un historien de l’art spécialisé en architecture à se joindre à elle.